La démocratie et son histoire

Le désenchantement du monde semble se clore sur le désenchantement
du politique. Le terme de démocratie ne pourrait donc
être évoqué que sous le mode de la nostalgie d'un trésor perdu du
politique ou d'un idéal trahi. Penser la démocratie reviendrait alors
inexorablement à décliner le constat de la crise. Mais cet hymne à
la désespérance du politique n'est-il pas d'un sentimentalisme facile
et fondé sur de fausses évidences ?
Plutôt que d'envisager la démocratie comme un idéal inexorablement
trahi ou défiguré par l'histoire, tentons de la cerner comme
une construction animée par des tensions et des déplacements de
sens qui touchent ses concepts essentiels. Ces différentes tensions
s'articulent à partir de deux moments essentiels : le libéralisme ,
notamment à travers les pensées de Montesquieu, Adam Smith et
John Stuart Mill, et le moment machiavélien , constitué par un retour
à Machiavel au travers des analyses de Rousseau et Tocqueville.
Ces deux moments traversent les différentes conceptions de la
démocratie.
Agrégé et docteur en philosophie, Norbert Lenoir enseigne à l'Université
de Provence - Aix-Marseille I.