L'octroi des marges

Ce qui doit venir à l'idée : une phrase naît d'une autre. Tout le
monde le sait un peu. Un texte est présent sur les sédiments
d'un texte antérieur. Un livre ? Il n'est de livre qu'éclaté, sans rive.
Cela fut dit.
La matière considérée : le langage, tout à ses manoeuvres, jusqu'à
son impossibilité. L'encre, le papier, l'épaisseur typographique, la
largeur des colonnes, l'octroi des marges. Que l'imprimeur sache
qu'il a le trait. Qu'il s'essaie, le plomb sous les doigts, à sa part de
provocation à la lecture.
Un livre, il n'y a pas de nom mieux nommé, s'il s'agit vraiment
d'un livre. Certains s'en font un programme, la figure du grand
désir. Le livre nous reste-t-il ? Ne faut-il pas lui résister ? Le texte,
par le va-et-vient entre signes rudimentaires et pari de cohérence,
s'en échappe, et nul ne peut dire par quelle voie.