A l'ombre des oliviers

Les yeux à nouveau embués de larmes, le front appuyé sur la vitre
comme une ventouse, Camille regarda le magnolia au milieu de la
pelouse. Elle aimait se réfugier dans son milieu, là où le tronc formait
un creux. L'arbre n'avait plus ses fleurs blanches, lisses et veloutées
qui sentaient si bon. L'odeur de guimauve lui donnait parfois envie de
les croquer. Sur leur dessous, les feuilles, grasses et luisantes, portaient
un léger duvet marron. Camille pensa à sa tante, qu'elle considérait
comme une empoisonneuse. En secret, elle l'appelait Colchique,
comme la plante vénéneuse. Martha la punissait sans cesse et la giflait
à chaque dispute avec sa soeur Adèle, sans essayer de savoir qui avait tort
ou raison. Il en aurait fallu bien moins à sa soeur pour qu'elle soit inondée
d'amertume et de haine, se disait-elle, alors que Camille montrait une
nature enjouée et oubliait vite sa peine. Ou bien elle se consolait
en se jurant, qu'une fois adulte, elle lui ferait payer toutes ses injustices.
Elle tourna le dos à l'arbre, s'allongea sur son lit, s'endormit
après avoir prononcé plusieurs fois le mot «maman», dans l'espoir de
la faire revenir au moins, dans son rêve, ne serait-ce qu'un instant.
Avec mesure, tact et sensibilité, l'auteur nous fait vivre les
emportements d'espoir et les moments de doute d'une famille
dont le personnage principal est celui d'une enfant qui
avant de devenir adulte devra affronter non seulement
la perte d'êtres chers mais aussi tous ces petits évènements qui,
tristes et joyeux, en font tout simplement une vie.