J.-J. Lefranc de Pompignan : un humaniste chrétien au siècle des lumières

Consacrer une étude à Lefranc de Pompignan (1709-1784),
qu'on croyait à jamais ridiculisé par Voltaire,
peut surprendre. Mais ni l'homme, ni l'écrivain, ni même le
penseur ne méritent un total mépris. Et c'est par ses limites
mêmes que Lefranc nous intéresse, car il représente bien tout
un courant d'idées dont on a peine aujourd'hui à imaginer
l'importance au XVIII<sup>e</sup> siècle. Au reste, pour bien connaître
les Philosophes, il est indispensable de ne pas ignorer leurs
adversaires.
Guillaume Robichez analyse d'abord les productions
littéraires de Lefranc. Il montre en quoi les disciplines
et l'érudition du traducteur servent à la confection d'une
oeuvre poétique et dramatique honnête, mais sans génie. Il
s'attache ensuite à l'examen de ses idées et de ses procédés
polémiques, et découvre, à côté d'un apologiste assez gauche,
un physiocrate enflammé et un théoricien de la fiscalité aux
accents curieusement modernes.
Franc-maçon et dévot, magistrat ami d'un certain progrès
mais attaché à ses privilèges, parfois ouvert, parfois sectaire,
enthousiaste de Boileau, mais admirateur de Shakespeare,
pompeux et bonhomme, Pompignan est décidément un personnage
plus complexe qu'on ne pensait.