Proust et l'adoption

Proust et l'adoption

Proust et l'adoption
Éditeur: Non lieu
2015320 pagesISBN 9782352702092
Format: BrochéLangue : Français

Proust et l'adoption

Dans l'ignorance, vraie ou feinte, des lois de son époque, Proust

suspectait des homosexuels de sa connaissance, le romancier Abel

Hermant ou le patron de presse Léon Bailby d'être les étranges

pères de jolis « fils adoptifs ». Il craignait aussi, par une mauvaise

interprétation du droit nobiliaire français, que le duc de Montmorency puisse, en épousant M<sup>me</sup> Blumenthal, adopter le fils de cette

dernière et lui transmettre son titre. Et il était scandalisé que son

ami Pierre de Polignac ait accepté de se marier avec la fille naturelle

et adoptive du prince de Monaco.

Dans son snobisme et son conservatisme, Proust se disait horrifié

qu'un roturier fût susceptible d'entrer par adoption dans une

famille de vieille aristocratie ou que « la solennité des sacrements

d'une forme juridique » vienne « parer » aux couleurs de « l'inceste »

une « banale aventure d'homosexualité ».

Et À la recherche du temps perdu paraît frappée d'une épidémie

d'adoptions aberrantes, le plus souvent punies par leur prolongement en mariages malheureux, les deux institutions du mariage et

de l'adoption conçues comme équivalentes ou fonctionnant en

synergie de passerelles sociales. Par exemple, faute d'adopter le Narrateur ou le jeune Morel de son coeur, le baron de Charlus adoptera

la nièce de Jupien et dans l'espoir de s'introduire en tiers dans le

couple qu'elle ira former avec un Léonor de Cambremer de moeurs

suspectes. Et M. de Forcheville adoptera Gilberte Swann, bientôt

l'épouse d'un marquis de Saint-Loup amateur de garçons.

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