L'embryogenèse du monde et le Dieu silencieux

Sous ce titre imposant et intimidant, le lecteur trouvera
en réalité le condensé, particulièrement clair et élégant, que
Raymond Ruyer voulut donner de sa pensée au soir de sa
vie, en un ultime effort de présentation et d'actualisation.
L'ouvrage, entièrement achevé, était demeuré jusqu'à ce
jour inédit, et sa publication constitue donc un événement.
On sait que la philosophie de Ruyer retint l'attention de
nombre des penseurs les plus importants de la seconde moitié
du vingtième siècle, qui la plaçaient au plus haut, comme
Merleau-Ponty, Canguilhem ou Deleuze. La publication
du dernier essai philosophique de Ruyer donne l'occasion
de se familiariser avec sa pensée et de lui accorder enfin la
place qu'elle mérite.
L'objectif du philosophe de Nancy a consisté à construire
un système métaphysique ajusté aux découvertes de la
science contemporaine. S'il est bien question ici de «Dieu»,
ce n'est pas dans la perspective d'une révélation : le Dieu
de Ruyer est un Dieu de philosophe, et nous sommes loin
des considérations sur «le savant et la foi». D'autre part,
«l'embryogenèse du monde» n'est pas une rêverie incontrôlée
sur quelque OEuf primordial, mais une tentative argumentée
de constituer un panpsychisme à la manière de Leibniz,
selon ce que Ruyer appelle lui-même une «monadologie
corrigée».