A l'étale

A l'étale ne cesse de dire son amour pour «elle». Par vagues, avec
ampleur, selon les modulations d'une fugue, «elle» se déploie en sa
venue, ses apparitions, ses paysages. Métamorphose de la féminité en ses
possibles, «elle» n'est pas seulement «elle», mais, en son intime et
secrète présence, un champ de blé, un refrain, la tendresse de la lumière
à son aurore, la rencontre, en son invraisemblable justesse, d'une voix,
d'un ciel, d'un signe.
Porté par l'espace de ses silences, la profondeur de son mouvement,
lame de fond entraînant toujours au-delà, le poème laisse se
déployer les richesses du monde, en leur mystère, toujours plus saisissant.
A l'étale , en ce sens, est comme parcouru par une intrigue, nous tenant
en haleine, au rythme de l'émerveillement.
Ainsi, le poème se donne à lire comme un roman, un voyage,
une expérience, immense et sereine, mariée à la vie, à sa concentration
- jusqu'à en épouser la durée, plénière : A l'étale est le poème d'une vie,
en bien des sens - une vie entière, non sans héroïsme, confiée au poème.
Et, à sa manière, une réponse - à notre temps : la parole, en son amour
infini - comme ressource essentielle, comme joie, comme avenir.
Eugénie Paultre