Le contrôle policier de la délinquance des jeunes à Kinshasa : une approche ethnographique en criminologie

La délinquance juvénile à Kinshasa et son contrôle policier légalement organisé
semblent au coeur de ce livre. Et pourtant, l'approche ethnographique choisie
pour traiter ces objets dénonce leur objectivation juridique. L'ouvrage que l'on
tient entre les mains présente au moins trois traits singuliers : il témoigne, avant
toute chose, d'une double contorsion simultanée. Tout en étant un lecteur gourmand
et jamais repu, son auteur est devenu ethnographe de sa propre société.
Ensuite, l'auteur utilise une formule pour rendre compte d'un des aspects de sa
méthodologie de rencontre radicale avec le terrain : la stratégie de la langue.
La langue est en effet un actant essentiel de la démarche de l'auteur, il surgit
du bilinguisme permanent et de la vie propre du français du Congo de véritables
concepts qui sont des métaphores pour nous mais qui n'en sont pas pour les
Congolais. Des expressions comme «manger l'argent» ou un «ne fût-ce que»
(soit : un peu de monnaie), ou «prendre» pour «voler», «coucher» pour «violer»,
«fouler le sol» pour «naître» sont autant d'expressions significatives de
la vie mabé (de cette vie qui est en deçà de la citoyenneté, du droit, de l'État et de
ses langues officielles) et autant de traces de la poésie crue de l'humanité. Enfin,
l'effort conceptuel du chercheur est important et profondément ancré dans une
perspective humaniste de changement sociopolitique de son pays.