Pierrot ou Bérénice ? : les lettres européennes entre peuple et élites (XVIIe siècle)

NOUVELLE POÉTIQUE COMPARATISTE, n° 15 LE CLOWN OU LA REINE ?
Faut-il choisir ? Et si les deux pouvaient faire bon ménage ? La
lutte des classes connaît plus de trêves qu'on ne le croit et il fut
un temps (est-il révolu ?) où les fous et les princes s'amusaient
mutuellement. Les œuvres n'ont jamais manqué qui plaisaient à
tous, petits et grands, doctes et ignorants. Ce livre tend à réhabiliter
dans les lettres du XVII<sup>e</sup> siècle, ordinairement vues à travers la
splendeur des Cours et des salons, les foules anonymes qui applaudirent
Shakespeare, Ben Jonson et Molière. En substance, il s'agit
de l'écart qui se creusa entre goût populaire et culture des élites
sous l'impulsion d'un certain humanisme et de la montée, en
France, en Angleterre et aux Pays-Bas, du capitalisme et de la
bourgeoisie urbaine. À quoi se joignit la pression de l'absolutisme,
Richelieu appliquant à la culture les recettes de sa politique centralisatrice
et autocratique. Lors de la Querelle du Cid, il encouragea
ainsi la formation de la tragédie classique, genre éminemment
savant dont la vogue allait bientôt gagner Londres et Amsterdam.
Tout en discréditant quelques idées reçues, ces pages voient défiler,
sous un jour parfois insolite, Corneille, Pascal et Racine, Milton et
Vondel, Hamlet, George Dandin et la belle Amaryllis.