La république des camarades

«D'une façon générale, les députés, même appartenant
à des partis opposés, même si, à la tribune, ils s'attaquent
férocement, entretiennent des relations cordiales qui
rappellent, par leur familiarité, les relations d'école ou
de caserne. [...] Vous vous souvenez du titre fameux : La
République des camarades. On se rencontre chaque jour.
On se serre la main comme de vieux amis. Après quelques
semaines de session, tout le monde se tutoie et on se rend
mutuellement de menus services. Chaque jour, on serre un
plus grand nombre de mains et, si celles-ci ne sont pas très
propres, on hausse les épaules avec indulgence. "Bah ! Ce
n'est pas un mauvais bougre." Ou bien : "Il est obligé de
faire ça pour ses électeurs."»
Georges Simenon, Maigret chez le ministre , 1955.
Comment éviter l'abus du pouvoir par le pouvoir ?
À l'heure où la République s'essouffle, où «la
démocratie s'endort dans la complaisance», relire
Robert de Jouvenel, au nom de l'idéal républicain,
est salutaire.
En 1914, déjà, les passe-droits et les faux-semblants
faisaient le jeu du personnel politique. Aujourd'hui, le
système n'en est que plus affaibli : à la médiocrité des
uns répond l'indulgence des autres.