Un devoir de mémoire

Un petit garçon de neuf ans, coiffé à la Jeanne d'Arc, aux yeux
profonds, au sourire heureux : cette vieille photo, Michel Gurfinkiel
la regarde tous les jours. C'est celle de son frère Charles, né à Montmartre
en 1933, «raflé» le 16 juillet 1942 à Paris et assassiné un mois
plus tard à Auschwitz. Un «aîné» et pourtant un enfant pour l'éternité.
Une présence familière, intime, et en même temps une blessure
jamais refermée.
Quand le président de la République, Nicolas Sarkozy, propose
de confier à des élèves de CM2 la mémoire des onze mille enfants
juifs de France assassinés pendant la Shoah, Michel Gurfinkiel est
interloqué : quelqu'un, à l'orée du XXI<sup>e</sup> siècle, «adopterait» donc
Charles ? mais qui ? comment ? Et quel sens peut avoir un tel pacte
d'enfant à enfant, au-delà des générations, des familles religieuses,
ou des «idées», «certaines» ou incertaines, que chacun se fait de la
patrie, de la République ou des droits de l'homme ?
Il fait part de son émotion, et de ses interrogations, à la radio juive
RCJ ou dans un éditorial à Valeurs Actuelles. Les réactions du public,
extraordinairement nombreuses, le décident à aller plus loin. Et à
esquisser, au-delà de l'histoire de sa famille, une réflexion sur la
Shoah, son impact, le «devoir de mémoire», les Justes. En quoi la
Shoah est-elle unique ? Peut-on «communiquer» sur l'indicible ?
Que faire pour ne pas l'«instrumentaliser», sinon même le retourner
contre les survivants ?
Un livre d'une humanité et d'une densité exceptionnelles.