Le basilic et la turquoise : Botticelli, vivre

«Dans ses visages peints, dans les
voiles qui dénudent les corps plus qu'ils ne les
masquent, vous pressentez un frère - comme
toute vision qui prononce l'amour. Vous
embrasser, pour vous connaître ? Vous n'avez
qu'à regarder les pieds qu'il enserre de résilles
d'or, les fleurs qu'il fait jaillir des lèvres décloses
- les tentations qu'il déjoue sont les vôtres, les
forêts qu'il a ouvertes sont vos rêves, les corps
qu'il étreint, vous les avez habités.
Est-ce qu'au premier regard vous n'avez pas su, (...) qu'il aimait les nuits de
jasmins, les matins d'heures sans hâte, les soirées poudrées de lune, qu'il désirait plus
que toute merveille approchée, s'unir à lui-même, réconcilier la gravité et l'allégresse,
la saveur et la prière, l'ardeur et le renoncement, le don et la contemplation, qu'il
aimait le basilic sur les pâtes fraîches et après une saveur si pénétrante, si libre que
d'insaisissable, elle devenait une part d'être-là sans définition possible, qu'il demeurait
longtemps, tout écart aboli, entre le bronze d'un coeur et la perle d'une âme, à noyer
ses yeux dans une soie turquoise.» O. A.