Thérèse philosophe ou Mémoires pour servir à l'histoire du P. Dirrag et de Mlle Eradice

Boyer d'Argens (auquel, dans sa lecture, Guillaume
Pigeard de Gurbert attribue définitivement la paternité
de Thérèse philosophe ) laisse entendre qu'il se
trouvera toujours des sots , des machines lourdement
organisées , des espèces d'automates accoutumés
à penser par l'organe d'autrui pour s'offusquer
contre la lasciveté de ce livre. Et aujourd'hui, il ne
manque pas d'esprits pour dire cet érotique insignifiant
par excès.
Pourtant, que cette oeuvre d'apparence légère soit
celle d'un philosophe important du XVIII<sup>e</sup> siècle devrait
nous alerter. Ce qui s'énonce là, sous le double
couvert d'une apologie du plaisir et d'une instruction
sur le rôle de la sensation dans nos déterminations,
c'est une protestation contre l'intégrisme religieux et
les préjugés sociaux. Restif de la Bretonne, Sade, Dostoïevski,
Apollinaire, prestigieux lecteurs, ne s'y sont
pas trompés.