Céramiques impressionnistes et grès Art nouveau : Montigny-sur-Loing et Marlotte, 1872-1958

1872-1958, presque cent ans de production de faïence et de grès, à
Montigny-sur-Loing et à Marlotte, une aventure extraordinaire vécue
entre céramistes, peintres et sculpteurs décorateurs. Au nord de la
forêt de Fontainebleau, le village de Barbizon, lieu de rencontre des
peintres du XIX<sup>e</sup> siècle, est universellement connu. Au sud, Montigny-sur-Loing
et Marlotte, bien que moins célèbres, furent eux aussi, à la
même époque, investis par des artistes.
C'est à la valeur des céramistes, souvent eux-mêmes peintres décorateurs,
et à la présence de ces artistes que l'on doit l'originalité, la
qualité, le renouvellement et le succès de la production des faïenceries qui
s'y implantèrent. Eugène Schopin, Georges Delvaux, Boué et Petit et Louis Baude, à
Montigny-sur-Loing, Aristide Bézard et Émile Mousseux, à Marlotte, pour ne citer
qu'eux, créèrent des décors dont l'excellence et la beauté étonnent aujourd'hui encore.
On y sent les influences de l'École de la nature, qui a atteint des sommets à Barbizon,
du japonisme et de l'impressionnisme naissants.
Ces céramistes employèrent un procédé nouveau, le décor à la barbotine colorée,
mis au point peu de temps auparavant par Ernest Chaplet. Cette technique s'apparente
à celle de la peinture à l'huile ; les peintres pouvaient donc s'y exprimer pleinement.
Mais la mode brûle ce qu'elle a adoré, et les amateurs se lassèrent de la barbotine.
Les céramistes trouvèrent alors dans les grès une autre source d'inspiration. L'Art
nouveau, en plein essor, permit aux sculpteurs d'imaginer de nouvelles formes. Là
aussi, le succès les attendait.
La Grande Guerre interrompit cet élan, jusqu'à l'installation de Jean Renoir en 1922,
avec Louis Baude, à Marlotte, où il réalise quelques céramiques. Lorsque Renoir décide
de se consacrer uniquement au cinéma, Louis Baude prend possession de l'ancien
atelier de Boué et Petit, à Montigny-sur-Loing, où il produit jusqu'en 1958 des
faïences stannifères au grand feu.
Les ateliers de Montigny-sur-Loing et de Marlotte resteront parmi
les plus féconds et les plus riches de la fin du XIX<sup>e</sup> siècle.