Le couvent des dominicains de Montpellier

La rue Saint-Matthieu est à Montpellier l'une des plus historiques et
des plus anciennes. La maison que j'y habite, contiguë à l'église, servait
naguère de couvent, et nombre d'intéressantes fondations en peuplaient
le voisinage : d'un côté, le vieux Collége royal de Médecine, transformé
aujourd'hui en École supérieure de Pharmacie ; de l'autre, le
Collége du Pape, institué par Urbain V pour douze pauvres étudiants
en médecine du diocèse de Mende, dont il était originaire ; en face, le
Collége de Girone, établi un siècle plus tard dans un but analogue au
profit de deux jeunes gens de la ville de ce nom ; et non loin de là le
Collége Du Vergier ou de la Chapelle-Neuve, demeuré célèbre par le
dernier séjour de notre École de Droit. Y a-t-il lieu de s'étonner que les
Frères-Prècheurs aient élu domicile au sein d'une pareille réunion ?
Ils ne vinrent toutefois s'y fixer qu'au XVII<sup>e</sup> siècle, quand, après les
premiers troubles religieux, ils entreprirent de se rasseoir à Montpellier.
Leur couvent primitif avait alors disparu sous le marteau des
Calvinistes.
C'est à l'année 1220 que se rattache, selon toute vraisemblance,
l'origine de ce couvent. L'ordre des Frères-Prêcheurs, dont l'idée-mère
avait pris naissance à Montpellier, était alors régulièrement constitué.
Le pape Honorius III l'avait revêtu de sa haute sanction, et son glorieux
fondateur apparaissait encore plein de vie. Ce fut, en-dehors de
Notre-Dame-de-Prouille, le troisième couvent de Dominicains établi
dans la France méridionale, où l'on ne signale de plus anciens que
ceux de Toulouse et de Limoges. Aussi le prieur du couvent de Montpellier
jouissait-il du privilége d'occuper la troisième place dans les chapitres
provinciaux de l'ordre.