XXV fables des animaux

En 1578, dans une Anvers naguère encore capitale
économique du monde occidental, désormais déchirée
par les guerres entre calvinistes hollandais et
catholiques espagnols, sortent des très célèbres presses de
Christophe Plantin ces XXV Fables des animaux en langue
française d'Estienne Perret, citoyen de la ville. Elles sont
somptueusement illustrées par l'un des graveurs en taille
douce qu'employait l'éditeur : Abraham de Bruyn, Pierre Huys,
Christophe Van den Broeck, les frères Wierix ? Le talent de
l'artiste anonyme force l'admiration.
«La coïncidence recherchée par le versificateur entre
la sagesse terrienne et méfiante d'Ésope et les admonitions
de l'Ecclésiaste ou du Psalmiste, fait mieux comprendre
pourquoi les apologues de l'esclave grec ont résisté, comme
les livres sapientiaux de l'Ancien Testament, à toutes les
tempêtes de l'Histoire [...]. Avec Perret, dans l'Anvers
encore pantelante de l'iconoclasme calviniste et de la
`Fureur espagnole', il faut apprendre à vivre aux aguets,
dans un monde aussi brutal et rempli de pièges mortels
qu'une ferme d'animaux sans fermier, toujours prêt d'un instant
à l'autre à être égorgé en dépit de toutes les précautions.
Le Christ en croix est seul à donner un sens à une
humanité assiégée et persécutée par l'animalité perfide et
meurtrière qu'elle porte en elle depuis Adam.»
Marc Fumaroli
de l'Académie française