Portraits de femmes

Hanté par «l'Esprit de Décadence», Jean Lorrain
décline en 1887, à l'instar de la Psychopathia sexualis
du Dr. Krafft-Ebing qui vient de paraître, toutes les
amours subversives que cette fin de XIX<sup>e</sup> siècle, sous
l'impulsion de la médecine, assimile à des maladies.
Comme les premiers aliénistes et sexologues, il dresse
une liste, propose une galerie de portraits de ces
«anormaux» sur lesquels Michel Foucault reviendra
lors de ses cours au Collège de France en 1975.
Lorrain établit cependant avec humour son catalogue
du vice. Il étiquette, ainsi qu'un entomologiste, les
névroses qui agitent «l'art des temps de décadence».
Inceste, homosexualité et infanticide, onanisme ou récit
à la gloire de la masturbation mais aussi fétichisme,
zoophilie et nécrophilie, masochisme et sadisme caractérisent
le «monstre» fin-de-siècle.
Les titres des récits, archétypes ou complexes devenus
familiers, disent combien l'entreprise est aussi satirique,
puisant dans un imaginaire mythique avec lequel
l'auteur s'amuse en mettant les référents au féminin :
une lesbienne éprise d'art est éperdument fascinée par
une statue de Diane ; une «demi-vierge» à la main
experte fait chanter les aphones ; une «élégante» se
voit partagée entre un ténor et son vieux père ; un
«escadron» féminin, parti de «Paris Mytilène à Veules
en Lesbos», assassine un nouveau-né. Naturellement,
ces «Amazones ne suppriment que les mâles»...