Aux carrefours stratégiques de l'Eglise de France : XXe siècle

En 1925, les évêques de France appelaient à la résistance civile aux
lois laïques ; en 2005, ils se sont déclarés globalement satisfaits du régime
de laïcité issu de ces lois. Dira-t-on que l'Église catholique, particulièrement
à Rome et en France, se trouve au milieu du gué, dans
une situation composite qui n'en facilite pas l'intelligence ?
Néanmoins, elle demeure entièrement présente - quand elle le
veut, comme elle le peut - aux grands et petits problèmes que pose à
l'humanité une société sécularisée qui escomptait bien les avoir résolus
par la seule vertu du déni religieux.
Ce que l'Église doit aujourd'hui affronter, ce n'est plus la révolte de
notre société contre un ordre désormais périmé, mais sa créativité qui
fonce dans l'inconnu les yeux fermés, sans même se soucier des problèmes
qu'elle multiplie sous ses pas. La question pour l'Église est désormais
de mettre en oeuvre sa capacité à entrer dans les problèmes de
toute nature posés à l'humanité souffrante par une humanité conquérante
peu portée à la compassion, à la réflexion, à la communion.
Entre religion et sécularisation, il n'y a pas incompatibilité par exclusion
mutuelle, mais plutôt division du travail, partage des rôles.
À chacun pleine liberté de croire ce qu'il veut, même si cette liberté
est conditionnée par la marche de la société ; à cette dernière de
frayer sa voie propre, de s'inventer sans s'encombrer de convictions en
tous sens et d'agitations désordonnées, même si le désordre en vient
à nuire à son ordre et à le menacer. Notre société a voulu se délier des
contraintes religieuses qui l'étouffaient : elle se découvre affrontée à
la fois au vide religieux, porteur de nihilisme, et à la violence religieuse,
où le fondamentalisme débouche sur le terrorisme.
Ce sont autant de carrefours pour l'Église de France au cours du
siècle écoulé.