Connaissance des Pères de l'Eglise, n° 128. L'homme, image de Dieu chez les Pères latins

«Quant à ces mots : "Nous sommes transformés
dans la même image" ( 2 Co 3, 18), il est bien
certain que l'Apôtre entend par là l'image de Dieu qu'il
appelle la même image, autrement dit celle-là même
que nous contemplons ; car cette image est aussi la
gloire de Dieu, comme il est dit en un autre passage :
"L'homme ne doit pas se voiler la face, étant donné qu'il
est l'image et la gloire de Dieu" ( 1 Co 11, 7), texte que
nous avons expliqué au livre XII. "Nous sommes transformés",
dit-il, c'est-à-dire que nous passerons d'une
forme à une autre, de la forme obscure à la forme lumineuse.
Car la forme obscure est déjà image de Dieu, et
par là même sa gloire : forme dans laquelle nous avons
été créés hommes, supérieurs aux autres animaux.
C'est de la nature humaine que ces paroles sont dites :
"L'homme ne doit pas se voiler la face étant donné
qu'il est l'image et la gloire de Dieu." Cette nature, la
plus noble parmi les choses créées, une fois purifiée de
son impiété par son Créateur, quitte sa forme difforme
(deformis forma) pour devenir une forme belle (forma
formosa). Car même au sein de l'impiété, notre nature
mérite d'autant plus certainement la louange que sa
corruption mérite le blâme. C'est pour cette raison que
l'Apôtre ajoute : "de gloire en gloire" : de la gloire de la
création à la gloire de la justification. Il est vrai qu'on
pourrait entendre de bien d'autres façons l'expression
"de gloire en gloire" : de la gloire de la foi à la gloire de
la vision, de la gloire qui fait de nous des fils de Dieu à la
gloire qui nous rend semblables à lui, "parce que nous le
verrons tel qu'il est" ( 1 Jn 3, 2). Enfin l'addition "comme
par l'Esprit du Seigneur" indique que c'est à la grâce du
Seigneur que nous devons le bienfait d'une transformation
si souhaitable.»
S. Augustin, De Trinitate , BA 16, pp. 457-459.