Moi et François Mitterrand

Je n'en fais pas une affaire d'État et n'en tire aucune
gloire personnelle, mais à partir de 1983, François
Mitterrand et moi avons entretenu une correspondance
assidue.
C'est d'Arcachon, sur une carte postale, que je lui
ai écrit tout d'abord pour le féliciter de son élection.
François m'a répondu, précisant que mes remarques
recevraient «toute l'attention qu'elles méritent» et
m'assurant de ses «sentiments les meilleurs». Ah, on
était bien loin de la lettre type. Et lorsque, ayant rompu
avec Madeleine, je me suis à nouveau adressé à lui, sa
réponse fut aussi chaleureuse que la précédente. Ainsi a
débuté notre échange amical. Nous étions, on le verra,
faits pour nous entendre.
Car j'ai enfin décidé de divulguer cette riche
correspondance, afin de témoigner devant l'Histoire.
Cher Monsieur,
Votre lettre vient de me parvenir
et je vous en remercie.
Ne doutez pas, cher Monsieur,
que vos remarques recevront toute
l'attention qu'elles méritent et qu'elles
seront prises en considération par nos
services dans les délais les plus brefs.
Je vous prie de croire, cher
Monsieur, à l'assurance de mes
sentiments les meilleurs.
Le Président de la République
Cher François Mitterrand,
Je voulais vous féliciter - fût-ce
avec un léger retard - de votre
élection voici deux ans déjà. Je suis
à Arcachon où je passe de bonnes
vacances. Hier, à table, c'est incroyable,
nous parlions justement
de vous. Nous avons mangé des
huîtres, excellentes, bien qu'un peu
laiteuses.
Encore bravo.
Hervé Le Tellier