Le grenier de Bolton Lovehart

Un jour, alors que Bolton Lovehart avait seize ans, le
cirque est venu à Bardsville. Lorsqu'il est reparti,
Bolton est reparti avec lui. Peut-être pour échapper
à la société étriquée de la petite ville, avec ses gens
comme il faut, ses légendes rafistolées et ses héros en
carton-pâte. Bardsville, au fin fond du Tennessee, là
où, bien des années auparavant, son ancêtre, un trappeur
d'occasion dénommé Lem Lovehart, vêtu d'une
culotte de peau, de la veste en daim à franges des
hommes de la Frontière et d'un bonnet de fourrure,
s'était arrêté auprès d'une source : il s'y était senti
bien. Bolton, lui, n'est bien que dans son grenier, en
compagnie du cirque miniature que patiemment,
amoureusement, il s'est mis à construire un lendemain
de Noël. Comme pour effacer Bardsville, ou le
repeindre dans des couleurs plus belles, celles du rêve
et de la fantaisie.