Les luddites : bris de machines, économie politique et histoire

Les luddites : c'est par ce nom que les ouvriers brisant les
machines dans les comtés industriels anglais se désignent au
début du XIX<sup>e</sup> siècle. Tiré de la figure de Ludd, un personnage
mythique qui aurait détruit des machines textiles à la fin du XVIII<sup>e</sup>
siècle, le luddisme devient rapidement un mouvement d'une
grande ampleur au cours duquel les ouvriers s'organisent pour
détruire les procédés techniques accusés de provoquer le
chômage et de diminuer la qualité des produits. Apparu en 1811
dans le comté de Nottingham, ce célèbre mouvement d'opposition
à l'industrialisation s'étend progressivement aux autres
régions industrielles anglaises dans les années suivantes.
Cette première grande révolte ouvrière à l'aube de l'industrialisation
suscite rapidement des interprétations variées et contradictoires.
D'abord pris en charge par un discours économique qui
faisait souvent des briseurs de machines des combattants anachroniques,
le luddisme fut redécouvert, à partir de la fin du XIX<sup>e</sup>
siècle, par une histoire sociale anglaise qui l'a rechargé d'ambiguïté
et en a fait un lieu de mémoire conflictuel. Cette tension
entre deux regards possibles, l'un centré sur la machine et l'autre
sur son contexte social, alimente depuis près de deux siècles une
bataille culturelle dont les différentes phases de la mémoire du
luddisme sont un reflet jusqu'à nos jours. Face à une techno-science
omnivore, face aux multiples débats soulevés par les
biotechnologies, et face au développement d'une pensée écologique
de plus en plus foisonnante, le luddisme est devenu
récemment un symbole militant pour ceux qui se revendiquent du
«néo-luddisme».
C'est à la découverte de cette révolte
sociale, et des multiples lectures et instrumentalisations
qu'elle suscita, qu'invite
cet ouvrage.