Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école ?

Des lycéens de Terminale persuadés que Victor Hugo est un auteur du XVI<sup>e</sup> siècle, j'en ai
croisé des milliers depuis que j'enseigne. Et pourtant, tous finissent par décrocher leur
baccalauréat. Leurs parents pensent : «Il est dyslexique, il a eu de mauvais profs, il n'est
pas motivé...» Et moi, je dois objecter que c'est l'institution elle-même qui orchestre
pour les jeunes générations une insupportable privation de savoir.
En prenant connaissance des nouveaux programmes du lycée, inaugurés à la rentrée
1999, je me suis rendue à l'évidence. On demandait désormais aux professeurs de français
de susciter «le plaisir» des élèves, d'encourager l'«écriture en liberté». Mais le
programme d'oeuvres littéraires disparaissait purement et simplement. Sur instructions de
l'institution, l'école, devenue donc officiellement un «lieu de vie», a cessé d'être un lieu
d'apprentissage.
Au fil des réformes de ces quinze dernières années, l'enseignement secondaire a ainsi
été peu à peu vidé de son contenu. Au nom de la modernité, de la lutte contre l'ennui, de
la massification du public scolaire. Cependant, loin d'aboutir à une démocratisation du
savoir, le système est plus injuste que jamais : les plus démunis restent les plus touchés par
l'échec scolaire.
En réponse à La Lettre à tous ceux qui aiment l'école du ministre Luc Ferry, ce livre
présente un contre-diagnostic sur l'état de l'enseignement, et formule des propositions
pour son avenir. Refuser la libéralisation du système éducatif, mettre fin au report indéfini
des apprentissages, défendre une école régie par des programmes solides et cohérents, qui
se donne les moyens de développer les capacités de tous les élèves. Renouer avec un idéal
humaniste, auquel les gestionnaires de l'Éducation nationale ont renoncé depuis
longtemps.
L'auteur ose se faire la voix de milliers de professeurs anonymes qui voudraient résister
aux absurdes directives venues d'en haut. Une voix qui mérite d'être entendue par tous les
citoyens, pour qu'ils disposent enfin des vrais éléments d'information et qu'ils reprennent
les rênes de leur école.