La fabrique des prêtres : recrutement, séminaire, identité du clergé catholique en Suisse romande (1945-1990)

« Jusqu'ici, en correspondance avec la civilisation que nous vivions,
le prêtre était présent comme un notable, un peu dans la même ligne
qu'une autorité civile. Il suffisait de mettre un prêtre dans un village
pour y créer un climat de piété et de bon ordre ». C'est ce qu'observe,
en 1963, un religieux fribourgeois dans une correspondance à
l'évêque de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr François Charrière.
Dans le même temps, une enquête sociologique juge le clergé des
paroisses rurales « zélé », mais « sous occupé ». Un demi-siècle plus
tard, le prêtre catholique se fait toujours plus rare et socialement
invisible, en Suisse romande. Sa figure se retire des paroisses, des
institutions, de toute une société. En 1960, les diocèses romands revendiquaient mille prêtres séculiers, ils n'en comptent plus que quatre cent. Pourtant, Michel de Certeau observe, en 1987, que leur
image fascine encore, « telle une relique de sociétés disparues ». Et la
présence du curé reste toujours recherchée dans les moments cruciaux de la vie, du baptême au mariage, jusqu'à la mort.
Comment comprendre ces mutations profondes qui bouleversent
l'état du clergé ? Quels sont, de 1945 à 1990, les changements dans le
cursus du clergé depuis le recrutement jusqu'à l'expérience du
ministère, en passant par les années du séminaire ? Grâce à des
sources d'archives inédites, cette thèse s'interroge sur les perceptions que s'en donnent l'institution et ses acteurs, des évêques aux supérieurs de congrégations, jusqu'aux curés de paroisse et aux séminaristes.