La terreur rose

La terreur rose

La terreur rose
Éditeur: Déterna
2011206 pagesISBN 9782360060290
Format: BrochéLangue : Français

«Cette année-là, on vit apparaître à l'étalage des marchands de chaussures un nouveau

modèle de souliers, le bolchevik (extra-fort, pour enfants) : le Front populaire approchait,

les firmes capitalistes prenaient le ton. Puis ce fut la grande aventure : le triomphe

communiste, les grèves, les occupations, le ministère Blum, ouvriers et employés s'engouffrant

en troupeau docile dans les organisations du syndicalisme moscoutaire, le drapeau

rouge flottant sur les chantiers de l'Exposition, l'Internationale beuglée au milieu

des palais de plâtras, la crise financière toujours conjurée et jamais finie, cent milliards

de billets et pas une vraie richesse, l'aviation ruinée, les lois bafouées, la magistrature évanouie,

les chantiers navals transformés en centres de loisirs, les cabotins et les magnats

de la presse se ruant au rouge, ceux-là pour avoir des rôles et ceux-ci pour avoir des lecteurs,

les grands riches découvrant avec des sanglots la misère des pauvres et les poules

de luxe cultivant l'art pour les masses, enfin du haut de son perchoir alpestre, Hitler

contemplant cette mascarade, comptant les dégâts, annexant l'Autriche, un jour de crise

ministérielle, tandis que Camille Chautemps embrassait Léon Blum à la fenêtre d'un

hôtel cossu, sur un quai de l'île Saint Louis.

Il fallait que quelqu'un se fît le chroniqueur et le peintre de ces vingt-quatre mois véhéments

et piteux. D'autres éplucheront les statistiques, dresseront les courbes de production,

compteront les votes à la Chambre, Alain Laubreaux apporte autre chose : les

hommes et la vie. Ce livre est le carnet d'un journaliste qui, par devoir, s'est trouvé partout

où il se passait quelque chose. Il n'y a pas de métier plus difficile que de saisir l'actualité

au vol et de la fixer sur le papier, le stylo en travers du corps. Alain Laubreaux est

un maître journaliste. Il est rond, bonhomme, sincère, bien portant, français. Il a l'oeil. Il

a la bonne humeur. Et puis il possède le don de raconter. Il fuit le couplet, le morceau, la

vignette, le développement artistement frisotté ; il déterre la vérité comme un objet : il

arrive à l'angoisse ou la bouffonnerie par les moyens les plus simples qui sont aussi les

plus rares, par le mot juste, l'anecdote exacte, le trait rapide, dix lignes brèves, serrées,

qui illuminent.

L'extraordinaire galerie ! Elle fera la stupéfaction de nos enfants. Quoi ? Au moment où

les nazis construisaient la grande Allemagne, la France s'était donnée à ce ramassis de

médiocres, de faux prophètes, d'avocats sans cause, à cette petite bande d'ignorants,

d'incapables, de ratés ? Et pour incarner leurs désirs de justice sociale, les rudes travailleurs

de la vigne et de l'usine n'avaient trouvé que Léon Blum, esthète démodé pour salons

modern' style, et Maurice Thorez que la nature a avantageusement pétri pour jouer

les spadassins à maillot au grand théâtre de Belleville ?...»

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