Moscou blues

J'avais fait plusieurs fois le tour du monde. Chose assez étrange,
je m'étais imaginé vivre un peu partout. À Buenos Aires près du
parc Lezama, à Capri sur les hauteurs donnant sur la crique, à
Lisbonne dans les ruelles étroites du vieux port. Et même à Erevan
dans une vieille usine désaffectée. À Barcelone sur Las Ramblas,
à Beyrouth dans les montagnes, à Marrakech dans la palmeraie.
Il me suffisait qu'il y ait un peu de soleil, assez d'horizon pour
prendre la route, un je-ne-sais-quoi qui aide mon esprit de poète à
rêver. J'échafaudais mille plans, visitant des appartements durant
mes courts séjours. Je rentrais ensuite chez moi au coeur de Paris,
la tête pleine de couleurs, de mots étrangers, la plupart du temps.
Ces déménagements imaginaires duraient l'espace d'une saison.
Jamais plus. Ce n'est ni la peur de l'inconnu, ni mon attachement
farouche à Paris, ma ville natale, qui me retenaient. Je m'étais
déjà échappé plusieurs mois à Los Angeles. C'était juste que,
virtuellement, je faisais le tour de ma fantaisie. Je peux dire
aujourd'hui avoir vécu dans plus de vingt-cinq villes. En songe.
En 2006, après avoir voyagé dans le monde entier,
Mischa Lev débarque à Moscou. Il commence à écrire le
journal de ses impressions et, à mesure qu'il nous entraîne
dans ses aventures mouvementées, on se sent plonger
dans un univers romanesque, celui d'un jeune Français
découvrant avec des yeux émerveillés un monde nouveau.
Nous le voyons partager une vodka frelatée dans un parc
de Moscou avec de jeunes paumés, gagner sa vie comme
D.J. au Sky Lounge, un restaurant branché de la capitale,
se bagarrer avec un chauffeur de taxi géorgien qui essaie
de lui voler son téléphone portable rose... tout cela sans
jamais perdre de vue la jolie Nastia Love... De ce roman
autobiographique se dégage un ton unique, empreint
d'une liberté et d'une drôlerie sans pareilles, auquel nous
n'étions plus habitués depuis longtemps, et qui donne à ce
livre tout son charme.