La mort du père dans le travail social

Le travailleur social intervient dans une zone étrange
et inconfortable. Il est à la fois là, avec son désir d'aider
des sujets qui «dépassent les bornes», perdus, en
difficulté et en souffrance, et ici, dans son désir d'incarner
celui qui «fixe les limites». Ce désir trouvait ses racines dans
un idéal éducatif et social, symbolisé par la figure du Père.
- Mais le Père est mort. L'autorité échoue à dire la loi.
Écartelé entre l'injonction toujours plus forte de traitement
de la déviance d'une part et, d'autre part, le fait que «ça
ne marche pas», parce que le symptôme résiste et se répète,
que les passages à l'acte se multiplient, le travailleur social
est en première ligne. Démuni, désorienté, démobilisé face
à ce «déclin social des imagos paternelles».
- Dans ce malaise profond, que peut la psychanalyse ? À la
condition expresse de ne pas se fondre dans la demande
d'évaluation généralisée, en refusant de se faire «expertise pour
troubles des comportements», la psychanalyse peut engager
le travailleur social à orienter sa pratique à partir du Réel
qu'il rencontre, et non des Idéaux qui, pensait-il, le soutenaient.
- Cet ouvrage ouvre ainsi une éthique qui se situe dans
une clinique au «un par un». S'appuyant sur des exemples
concrets tirés de son expérience de psychanalyste et de
formateur, l'auteur se fait témoin, avec humour et poésie, de
cette clinique et de ces pratiques neuves qui répondent aux
bouleversements affectant le lien social.