Le harki de Meriem

Il avait honte de revenir dans cet état, sous son lourd manteau et
son képi. Il avait fondu, il allait le dos courbé à petits pas. Le fusil
encore sur l'épaule, voilà comme il est revenu ! Quand ils n'ont
plus eu besoin de lui ils l'ont laissé partir sans soins. Son ventre
était tailladé par les coups de baïonnette et les pansements secs
avaient épousé les plaies. De gros trous dans le ventre et des
cicatrices jusqu'au cou. Nuit et jour que je l'ai soigné ! Je l'ai
emmené en pèlerinage à Sidi Ali. Rien n'y a fait. Il est mort de ses
blessures. Je le vois encore caressant le museau du chien et se
forçant à sourire pour me rassurer. Avant de mourir, il m'a dit :
«J'ai tué des hommes.» Puis, avant de tourner la tête : «Ils avaient
aussi peur que moi !»
La vie de Meriem, qui a épousé Azzedine alors qu'elle portait les
stigmates de la femme répudiée, contient toutes les injustices de
l'histoire franco-algérienne. Mais c'est aussi elle - et les souvenirs
qu'elle leur laissera - qui encouragera ses enfants, puis ses petits-enfants,
à revendiquer en Algérie et en France le respect et la dignité
que sa génération n'aura jamais obtenus.