Les choses saisies par la propriété

Fondamentale aux yeux des théoriciens du droit des biens, la summa divisio des choses
et des personnes fait pourtant difficulté : les animaux, les éléments et produits du corps
humain, les attributs de la personnalité ou encore les oeuvres de l'esprit s'insèrent difficilement
dans l'une ou l'autre catégorie. Si une solution consiste à offrir à chacun de
ces mixtes de choses et de personnes un statut ad hoc , une autre, plus pérenne, revient
à modifier notre conception des choses et, partant, celle des personnes, afin que les
entités qui se trouvent pour l'heure écartelées entre ces deux groupes prennent sans
difficulté place dans l'un et/ou l'autre rang(s).
Dans cette perspective, l'auteure invite à concevoir les choses comme des milieux habités
par les personnes ; plutôt que d'opposer les choses aux personnes comme les objets
aux sujets, l'on pratiquerait une distinction habitants/habités. Les choses regardées
comme des milieux et les personnes comme leurs habitants, la propriété serait définie
telle une faculté d'habiter, et les droits (ou biens) telles des places appropriées dans les
choses ou milieux. Cette vision adoptée, l'indivision et les autres modalités de partage
des pouvoirs se comprennent plus aisément, de même que les limites au caractère absolu
du droit de propriété.
Résultant de la confrontation entre la théorie renouvelée de la propriété et l'hypothèse
contemporaine de résurgence des modèles réservataires de jouissance (en philosophie
du droit), ces propositions pourraient constituer les linéaments d'une voie alternative
aux doctrines classique et nouvelle de la propriété. Encore faut-il préciser que cette
nouvelle voie ne serait pas, à proprement parler, une nouvelle théorie, mais procéderait
bien plutôt de l'expérimentation, dans divers domaines, de la conception des choses
comme des milieux.