Que le meilleur perde : éloge de la défaite en politique

Les citoyens, les journalistes, les politologues n'ont pas
compris : pourquoi M. Strauss-Kahn a-t-il fait exploser sa
candidature à la présidence de la République alors qu'il
paraissait élu d'avance ? Pourquoi M. Sarkozy a-t-il promis,
contre toute vraisemblance, d'être «le candidat du pouvoir
d'achat» ? Pourquoi a-t-il inauguré son mandat par un cocktail
m'as-tu-vu au Fouquet's ? Pourquoi s'est-il fait passer pour
«le président des riches» ? Nulle explication, ni au bistrot, ni
sur Internet, ni dans les médias, encore moins dans les livres
savants.
C'est que nous sommes victimes d'une étrange illusion.
Considérant l'agitation qui s'empare de la classe politique à la
veille de chaque scrutin présidentiel, nous en concluons trop
vite que le projet majeur de nos dirigeants est d'accéder au
pouvoir ou de s'y maintenir. L'objectif profond des hommes
politiques n'est pas de s'installer à l'Elysée ni de gagner
une majorité à l'Assemblée : leur objectif profond n'est pas
la victoire mais la défaite. Comment expliquer, sinon, tant
d'erreurs de la part de gens si intelligents ?
Le pouvoir est un insupportable fardeau ; l'opposition une
situation de rêve.