Brunei : de la thalassocratie à la rente

Derrière le cliché d'une riche monarchie pétrolière se cache l'une
des plus anciennes royautés du Sud-Est asiatique, dont l'histoire
mérite d'être - scientifiquement - contée. Mais l'intérêt
du Brunei Darussalam ne s'arrête pas là : au seuil du III<sup>e</sup> millénaire,
le Sultanat (400 000 habitants sur 5 765 km<sup>2</sup>) a réussi son intégration
dans le concert des nations quand ses choix socio-économiques
sont à l'opposé de ceux de ses pairs, les émirats du golfe persique.
Membre actif de l'ASEAN, il n'a pas hésité à apporter une aide financière
substantielle à ses partenaires régionaux (crise de 1997-1999,
passage du cyclone Nargis), tout en intervenant dans les opérations
de maintien de la paix au Sud-Philippines. La réactivation du coutumier
royal ( adat-istiadat ) et la mise en oeuvre d'une idéologie d'État ( Melayu
Islam Beraja ) ont investi la Couronne d'une légitimité supplémentaire :
celle d'effectuer la synthèse de la Coutume et de la Religion et d'ainsi
conjurer le traumatisme du passage à la modernité par la réinscription
du Sultanat dans un continuum culturel. Et si l'absolutisme s'y conjugue
aujourd'hui à l'État de droit, c'est sur fond d'État-providence.