Comme en passant : récit

Une femme vient passer vingt-quatre heures à La Rochelle.
C'est un 24 octobre. Elle est tout oeil, tout ouïe, toute
mémoire. Elle relie mille choses apparemment étrangères
les unes aux autres : Richelieu, un clochard, un éditeur, le
bégonia, des passants, un serveur agile, un logis affligeant,
Chassériau, une rue commerçante, un hôtel tristounet,
une enfant gracieuse, un caissier qui s'ennuie... Les petites
choses ont autant d'importance que les grandes, et
d'ailleurs qu'est-ce qui est petit, qu'est-ce qui est grand ?
L'humeur et l'amour donnent sens à tout. Béatrice, mais
est-ce bien son nom ? décline les heures selon des sensations
aussi mouvantes que la lumière et fait d'une navigation
un peu ivre dans la ville un collier de notations que
traverse la clarinette d'Acker Bilk. La vie swingue, le livre
aussi. Le soir, la passagère reprend le train pour Bordeaux.
Dans le train, un homme.
Claire Fourier choisit à nouveau un thème qui n'a l'air de
rien. Avec un regard d'entomologiste et une aiguille de
dentellière elle analyse et tisse le fil d'une journée somme
toute banale pour en extraire, de façon inattendue, les
essences secrètes. Bernard Noël écrit dans sa lettre : «C'est
un goût traversant une ville. Étrange sensation d'ouïes sans
cesse puisant et transformant et associant. On est dans une
respiration, on touche la substance d'une vie.»