Les spaghettis d'Hitler

Guillaume Fox est fou. Il est interné
dans la clinique du docteur Marcus,
mais il ne le sait pas. Il soupçonne
vaguement sa femme, Marthe,
de vouloir lui faire manger les Spaghettis
d'Hitler, ces longs lacets de chair rapportés
naguère du marché de Madère
et qu'il ne quitte pas. Ces spaghettis
le relient au monde souterrain de la mort,
limbes gris où des hommes sans paupières
lui ont mis sur le dos neuf crimes
improbables.
Guillaume Fox n'est pas fou. Il quitte
la clinique par une nuit légère.
Prend le train pour Paris, y trouve
un recueil de Verlaine contenant
une quittance d'électricité au nom
de Mlle Théodore Glasmann.
Guillaume et Théodore vont
se rencontrer... Elle a les yeux
d'une étranglée, il a la main
de l'étrangleur. Faits pour s'entendre.
Et tout ce qui s'ensuivit.
Écrire en fou n'est pas à la portée de n'importe qui.
Jean-Baptiste Harang a su rendre à cette prosodie
de la démence l'inqualifiable fraîcheur d'avant
les jargons.
Jean-Louis Ézine, Nouvel Observateur.