Emile Gaboriau : le père du roman policier : Saujon, Jonzac, Paris, Saint-Palais-sur-Mer

Émile Gaboriau (1832-1873), génial précurseur et inventeur du
genre policier, est un charentais monté à la capitale comme tant
d'autres jeunes provinciaux désireux de percer. Sa vie de bohème,
de journaliste et de feuilletoniste illustre ses «illusions perdues»,
typiquement balzaciennes. Rêvant d'être le Balzac de la seconde
moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, Gaboriau n'approcha de son modèle que par
sa vie d'esclave et par sa mort prématurée. Souvent étiqueté
comme simple feuilletoniste de journaux «populaires», il parvint
toutefois à la notoriété et à la fortune à force de travail et de talent
sans avoir perçu qu'il venait d'inventer un nouveau genre littéraire.
Ses romans policiers notamment autour du personnage du jeune
policier M. Lecoq, l'un des modèles de Sherlock Holmes, sont
aujourd'hui republiés. Notamment L'Affaire Lerouge, Monsieur
Lecoq ou Le crime d'Orcival , dont les lecteurs gardent longtemps
en mémoire personnages et péripéties. Il a su raconter avec imagination
et intuition l'hypocrisie de la société, les abus des puissants
et l'héroïsme des obscurs : les policiers, les juges, les amoureuses,
les serviteurs fidèles dans une oeuvre féconde en émotions, coups
de théâtre et rebondissements. Le lecteur, tenu en haleine, cherche
à découvrir l'identité du coupable tandis que Gaboriau prend plaisir
à le dérouter : il est par là le précurseur des maîtres de l'enquête
policière et du suspense. Il a nourri ou suscité l'admiration de bien
d'autres écrivains. Ainsi Joseph Kessel disait : «Tout Gaboriau est
merveilleusement fait.»
Cette biographie de Gaboriau entre Paris et la province se situe
dans le courant de redécouverte en France de celui qui a lancé le
roman policier sur les traces de la modernité.