A ma fenêtre

«Le soir, j'allais me coucher tôt et je me
levais de bonne heure pour réfléchir à ce
qui m'arrivait. Les juges du Jugement
dernier se perdront en conjectures sur mon
existence, ils n'auront sans doute jamais
vu d'hommes à la fois aussi dépourvus de
conscience et emplis d'inquiétude. Je remplace
mes actes par des effleurements. Je
laisse les fruits de l'imagination venir vers
moi. Certains naissent dans ma poitrine,
dans mon âme, c'est plus qu'une journée
de travail : ce sont des soupirs déçus, une
éternelle alternance entre le lever et le
coucher, des grimaces devant le miroir
et l'attente du retour de Séraphine, pour
autant qu'elle ne se sera pas fait renverser
dans la rue ou qu'elle n'aura pas offert à
son ami malade trois heures de la soirée
qui nous appartient...»
Luc Bondy va et vient avec maestria
entre le présent du narrateur et les différentes
strates du passé. Un portrait drôle
et désabusé de notre temps, une réflexion
sur la disparition de l'art théâtral et les
beaux fruits de l'inactivité.