Les carnets de Lucifer

«... cette hydre qui vibre en moi, qui brûle et
ronge mon tissage, dévore mes entrailles quand je
n'écris pas ; qui lorsque j'écris devient un arbre
dont je suis le fruit, distille au fond de moi cette
sève au pluriel qui me relie à l'univers en circulant
dans les deux sens comme dans les veines d'un
pommier ; dans les vaisseaux d'un dragon ; dans les
artères de l'absurde aux confins de l'ailleurs...
La première fois que j'ai trempé la plume dans
ma pensée, c'était dans un flacon d'encre rouge.
N'ayant jamais vu d'encre, je crus que c'était du
sang. Dans ma frayeur, je renversai le tout sur la
page blanche de ma chemise. Appel au secourse
folle vers ma mère. Elle, muette et blanche, en me
voyant ; «Maman ! Je me suis fait bobo ?» Si
blanche... Puis découvrant qu'il n'y a là que
matière à lessive, elle brise sa peur d'un rire
soulagé. Depuis, je fais ce rêve étrange d'une
femme qui pleure et rit en même temps, paralysée
sur sa couche ; et moi...»
F.L.