L'hôpital dans la France du XXe siècle

1911 : le pays est touché par une canicule. Comme lors des grandes
crises (guerres, épidémies), la population hospitalisée est frappée par un
surcroît de mortalité sans que nul ne s'en émeuve hors de l'institution
hospitalière. Aucun ministre ne démissionne, à un moment où il n'y a
pas de ministère spécifique de la Santé publique.
2003 : le pays est touché par une canicule. C'est de l'hôpital que partent
les premiers appels pour alerter la population et, quelques mois plus
tard, le ministre de la Santé publique doit démissionner. Jadis objet d'indifférence,
l'hôpital est devenu un thème central de l'action politique.
De la fin du XIX<sup>e</sup> au début du XXI<sup>e</sup> siècle, l'hôpital connaît une formidable
mutation. Réservé autrefois aux indigents, il accueille aujourd'hui
l'ensemble de la société. Alors que l'on y allait parcimonieusement, s'y
rendre est désormais un réflexe. À l'entrée d'un établissement hospitalier,
les malades étaient dépossédés de leurs effets personnels, tandis
que les droits des patients sont aujourd'hui systématiquement rappelés.
Hier lieu d'accueil mais de relégation, l'hôpital est devenu un endroit où
s'exerce la citoyenneté.
L'on soignait mal et l'on guérissait peu dans l'hôpital des débuts de
la III<sup>e</sup> République ; les seuls médecins présents étaient le plus souvent
encore étudiants et le mot «infirmière» désignait un personnel sans
formation. C'est dans les hôpitaux que les Français, sous la V<sup>e</sup> République,
sont le plus sérieusement pris en charge lorsque les frappent la
maladie ou l'accident ; les meilleurs praticiens y exercent et le personnel
paramédical est particulièrement qualifié.
Dans sa démarche, l'auteur ne néglige pas l'évolution de la médecine,
de l'économie et du droit hospitalier, et a recours à la sociologie des professions
et des institutions. Pour comprendre comment l'hôpital est devenu
ce formidable outil au service de la population, il prend en compte
tous les acteurs : les médecins et le personnel des services de soins bien
sûr, mais aussi le personnel administratif et les directeurs sans oublier
les ouvriers qui ont, jusqu'au milieu du siècle, tenu dans le monde hospitalier
un rôle de premier plan.