La Cerdagne française

Ce n'est plus un goût mais un besoin, une fureur
passionnelle, cette rage de mouvement qui nous arrache
aujourd'hui à la torpeur de la vie coutumière pour nous
jeter aux gares et aux embarcadères. Le développement,
le bon marché des communications ont universalisé le
désir et l'habitude du départ, de la circulation hâtive,
fiévreuse, parfois mal raisonnée. On se déplace pour se
mouvoir, pour changer de décor, pour briser le cercle
des routines quotidiennes. On s'embarque «pour ailleurs»,
c'est là le point. Impossible d'ouvrir un journal sans
tomber sur une note annonçant le prochain départ d'un
explorateur, d'un oisif, d'une caravane pour d'autres
climats. C'est un perpétuel exode.
A ceux qui partent sans but déterminé et ne savent
exactement de quel côté diriger leurs pas, se laissant
guider par la fantaisie, n'ayant aucune prévention ; à
ceux qui sont las de voir les stations à la mode, toujours
encombrées et toujours les mêmes, nous conseillons de
visiter la Cerdagne. Contrée unique au monde, fraîche
et douce, abritée des vents et caressée du soleil, elle fait
rêver à ces coins de la Grèce antique, faits à souhait pour
les pensées riantes des philosophes et les conversations
aimables des sages.
«L'admirable plaine de la Cerdagne est un des plus
beaux paysages du monde entier» s'écriait le baron
Taylor dans son ouvrage sur Les Pyrénées , et il ne se
trompait pas. Il est impossible, en effet, de trouver dans
un si petit espace, un pays aussi frais, aussi riant, aussi
pittoresque ; et on ne s'imaginerait point que dans ce coin
perdu des Pyrénées existe un joyau d'une telle richesse.