De la problématologie : philosophie, science et langage

La pensée occidentale est en crise, tant dans sa rationalité que
dans ses valeurs. Si elle connaît aujourd'hui une problématisation
aussi profonde, c'est que son fondement même s'est écroulé.
La problématisation, qu'on le veuille ou non, est devenue notre
destin, la nécessité incontournable qu'il faudra bien théoriser.
Depuis plusieurs siècles, le Cogito était considéré comme le fondement
ultime de la pensée et incarnait le modèle formel de toute
réponse. La conscience, en cessant d'être ainsi l'originaire de la
rationalité occidentale, a cédé peu à peu la place à des remises en
question de plus en plus radicales, oscillant entre le nihilisme, avec
son culte de l'indicible, et le scientisme, avec son espérance de voir
la science tout résoudre par sa rigueur et ses résultats.
La philosophie du questionnement prend donc la problématicité
des êtres et des choses comme nouveau point de départ, comme
une positivité à concevoir comme telle. Elle met en forme la diversité
interrogative, en la pensant non plus comme un mal, mais
comme la nature même de la pensée. Entre Socrate, qui questionnait
sans répondre, et Platon, qui répondait sans plus se soucier du
questionnement, la problématologie ouvre une troisième voie.
Mais pour saisir sa propre émergence, elle doit d'abord se pencher
sur l'histoire de sa propre impossibilité jusqu'à aujourd'hui, et en
étudier les expressions de substitution, au travers des grandes
philosophies. Car philosopher, c'est questionner, même si cela n'a
pas consisté pour ces pensées à questionner le questionnement.