J'ai survécu à l'enfer des camps viêt-minh : témoignage

«A côté de moi, un jeune artilleur reste allongé jour et nuit. Il
n'a plus la force de se lever. Il dit : "Pierrot, mon vieux copain, fais-moi
du thé noir."
«Il n'y a pas de Pierrot ici... Il continue à l'appeler avec une voix
douce d'enfant malade : "Pierrot, mon ami..."
«Enfin, terrassé par une immense fatigue, il sombre dans un
sommeil léthargique. Il se réveille, après de longues heures d'inconscience,
les pupilles dilatées. Il refait, toujours plus faiblement,
la même demande : "Du thé noir."
«Un soir il mangea un peu, puis il dit : "J'ai bu... Oui, à la cuisine
on m'a donné du bon thé noir. Ça va bien, j'ai bu du thé noir."
«Il s'endormit paisiblement. Au matin, je m'aperçus qu'il avait
les yeux ouverts...»
Indochine, octobre 1950. Au nord du pays, la Chine de Mao tend
la main au «parti de l'Indépendance vietnamienne» d'Hô Chi
Minh. Devant la menace, le commandement français décide d'évacuer
les postes les plus exposés bordant la frontière. De violents
combats s'engagent. En quinze jours, la moitié des soldats français
mourra. Les autres prendront le chemin des camps... où les deux
tiers succomberont. Quelques-uns, miraculeusement, résisteront à
la faim, à la maladie, à la nature hostile, à l'ambiance avilissante, à
la perfidie des commissaires politiques.
Amédée Thévenet est de ceux-là. Sans ressentiment, il raconte
son histoire et celle de ses compagnons d'infortune. Il témoigne
pour ceux qui ne sont pas revenus, il témoigne pour que l'on sache
quelles ont été leurs souffrances. Un livre poignant qui fait appel
à l'émotion la plus pure.