Tolstoï et ses adversaires

La position politique et spirituelle de Tolstoï, notamment sa doctrine
de la non-violence, lui a valu, surtout dans la deuxième moitié de sa
vie, l'hostilité d'un certain nombre de ses contemporains, hommes
d'Église (Mikhaïl Novosselov ou Serge Boulgakov), philosophes (Ivan
Iline ou Vladimir Soloviev), écrivains (Paul Bourget, Jean Cassou). Les
articles de Françoise Lesourd, d'Ilya Platov, de Marie Sémon, de
Wladimir Troubetzkoy, de Martine de Courcel, s'attachent à mettre au
jour la dimension polémique de ces strates de la culture russe et française
de la fin du XIX<sup>e</sup> et du début du XX<sup>e</sup> siècle qui gravitent autour de
l'oeuvre tolstoïenne.
Il existe également des oppositions d'ordre purement esthétique,
comme celle entre Tolstoï et Dostoïevski, à laquelle est consacrée la
contribution de Karen Haddad-Wolting. Les lectures politiques de
Tolstoï, par Lénine et Trotski, ainsi que leurs implications idéologiques
ont été analysées par Michel Aucouturier et Michel Niqueux. Enfin,
une lecture plus tardive, par Varlam Chalamov, un témoin du Goulag à
qui son rejet de Tolstoï permet de se situer dans l'histoire littéraire, est
restituée par Luba Jurgenson.
L'ambivalence de ces critiques, qui reconnaissent la grandeur de
l'oeuvre et de l'homme tout en contestant l'enseignement ou certains
aspects de la poétique, met en valeur la richesse de l'héritage tolstoïen
dont la réception continue d'évoluer et de modeler la dynamique du
processus littéraire.