Toussaint Louverture, le précurseur

Les années de feu qui, en Haïti, préparèrent l'avènement (en
1804) de la première République noire de l'histoire : voilà le
temps d'effervescence dans lequel Jean Métellus, romancier,
poète essayiste haïtien, nous entraîne sur les traces du grand
Toussaint Louverture.
Ni hagiographie, ni image d'Epinal. L'imagination poétique de
Métellus s'allie à une connaissance approfondie de l'histoire d'Haïti,
et nous découvrons comment Toussaint - jeune esclave grandissant
dans une île certes somptueuse mais dont la colonisation avait fait une
terre de larmes et de sang - put se construire peu à peu jusqu'à devenir,
par passion de la liberté, l'homme qui devait faire trembler les
puissances du monde.
Tour à tour sincèrement croyant et pourfendeur de Dieu, chef de
guerre impitoyable et généreux, impérieux mais vulnérable, politicien
aussi redoutable que passionnément attaché à la justice, aussi complexe
qu'imprévisible, Toussaint est riche d'une forte, d'une rare
humanité.
Après avoir dû affronter les déchirements de son propre camp en
même temps que les forces armées des occupants successifs, après
avoir enduré intrigues et trahisons, c'est la tête haute encore qu'il
assumera l'indicible souffrance de la captivité mortelle imposée par
Bonaparte.
Et autour de lui, que de personnages aux multiples visages ! Sorciers
et prophétesses, jésuites de progrès et prêtres corrompus, bourgeois
ou aristocrates rivés à leurs privilèges, affranchis d'hier ou nouveaux
libres aux rapports conflictuels, généraux français ou commissaires de
la République gagnés à la philosophie des Lumières, femmes soumises
ou libertines, l'île frémit des courants et des spasmes de ce 18ème
finissant.
Oui, ce récit luxuriant est à l'image d'un pays au destin exceptionnel
mais cruel, et dont on voudrait croire, avec Toussaint et Jean
Métellus, qu'il est promis à un autre avenir. C'est un grand roman
dont la force poétique suscite chez le lecteur une méditation aux prolongements
infinis.