Outre-noir

Deux femmes, Juliette et Pique-Lune, déclarées «phobiques,
névrosées, aliénées» et enfermées pour avoir refusé de toutes leurs
fibres l'aliénation du dehors. «Être dans les clous, toujours, dans
le cadre, avec pour mot d'ordre le consensus heureux.»
«Entassées là» avec d'autres, sous le regard d'un gardien-psychiatre-narrateur
(un «Ajusteur» !) qui essaie de les percer
à jour et de les maintenir enfermées dans ses catégories, elles se
racontent et se rebellent. Leur maladie, cette honte qui les mine,
c'est peut-être d'avoir collaboré avec un ordre marchand qui a
piétiné la beauté du monde. Et leur survie - ainsi que la nôtre,
probablement - passe par ces échappées déchirantes qui les
rappellent à elles-mêmes et à la permanence de l'aspiration à
la communion avec l'Autre et avec le monde. Au-delà de
l'exclusion, derrière les frontières floues de la normalité, se
révèle alors, outre-noir, un territoire intérieur où nos vies
réapprennent la lumière.
L'inventivité joyeuse et parfois rageuse de l'écriture introduit
l'espoir d'une régénération dans les passages les plus sombres
et sert superbement les passages les plus lumineux.