Administrer les bien-être : la gouvernance territoriale dans le secteur socio-éducatif

Depuis plus de vingt ans, les scènes d'action publique territoriales connaissent un changement de posture
d'intervention dont la politique de la ville constitue - si ce n'est l'acte fondateur - à tout le moins l'exemple
le plus connu. D'un côté, l'Etat impose le cadre des négociations et la méthode de travail. De l'autre, il laisse
aux instances «les plus proches du terrain» le soin de sélectionner les problèmes à traiter et les réponses
à apporter. Tel est précisément le cas du Contrat Educatif Local (CEL) qui invite les collectivités territoriales,
les services étatiques déconcentrés et les associations à définir un projet éducatif, englobant tout à la fois
les actions préventives déployées dans les quartiers urbains fragilisés mais aussi les nombreuses initiatives
péri et extrascolaires développées sur l'ensemble de la ville. Quelles sont les pratiques parentales et juvéniles
nécessitant un «redressement institutionnel» ? Quelles réponses apporter ? Et qui doit les coordonner ?
Cruciales, ces questions doivent désormais être résolues tant par les animateurs en charge de l'accueil des publics
que par des responsables institutionnels, appelés à s'attribuer des places dans cette politique en germination.
Manifestement, à travers ces contrats territoriaux, l'Etat institutionnalise une forme de «laisser-faire» dont
les effets doivent être appréciés. En la matière, l'élaboration du CEL Toulousain montre comment ces acteurs,
sommés d'agir sans mandat, ni casuistique clairs, développent des techniques d'influence bouleversant les
normes et les modes de fabrication des politiques sociales territoriales. Considéré sous cet angle, le cas étudié
interroge plus largement, le déploiement et les effets d'un «pilotage non autoritaire des conduites» dont la
gouvernance constitue un terrain d'observation privilégié.