Marbury v. Madison : un arrêt fondateur, mal fondé

Marbury v. Madison est sans doute la décision de justice la plus célèbre
au monde. Tout semblait avoir déjà été dit sur le sujet, mais Julien
Henninger apporte un regard nouveau et audacieux sur cette affaire en
dévoilant un aspect, resté jusqu'ici largement ignoré, de cet arrêt fondateur.
Dans cette affaire, qui met en cause l'étendue des compétences de première
instance de la Cour Suprême des États-Unis, celle-ci interprète l'article III,
section 2, alinéa 2 de la Constitution, qui précise la répartition de ses compétences,
et elle interdit au législateur d'y apporter une quelconque modification.
Toutefois, dans son raisonnement, la Cour omet de citer une partie
de cet alinéa : «avec telles exceptions [...] que le Congrès aura établies».
C'est cette omission qui transforme cet arrêt fondateur en arrêt mal fondé,
en le faisant reposer sur une copie erronée de la Constitution.
L'argumentation est menée avec méthode et prudence. L'auteur explique en
quoi cette omission permet à la Cour Suprême d'aboutir à une solution dont
le fondement est inexact. Quelle est l'intentionnalité de cette omission ?
Elle fut consciente et volontaire, car nécessaire à la démarche téléologique
et réaliste de la Cour et de son président, le Chief Justice Marshall.