C'est bien ici que je vis

Traduits sur le mode propre du poème, les récits et les
événements qui constituent un destin prennent la forme
d'un parcours scandé et mesuré par une série de maisons.
Le recueil les présente successivement, mais il convient de
les apprécier d'un seul regard, comme autant d'attitudes
existentielles.
La première, Griboïedov (c'est la maison des écrivains
évoquée par Boulgakov dans Le Maître et Marguerite ),
interroge le pouvoir du mot : que permet, «que lave la
littérature ?» Sous sa réponse la plus confiante, l'habitation
devient «séjour créateur», bordé à la fois d'intimité et de
souvenirs : «Et l'espoir, toujours l'espoir / de revenir au
coeur, / de faire marcher / les mémoires». Bien que la
maison chargée d'histoire atteste aussi des heures les plus
dures («la haine des frères», «la guerre des pères»...), elle
invite à l'acceptation sereine en se donnant comme
demeure : «C'est bien ici que je vis». Faut-il préciser que
cet abri n'est pas un repli mais le lieu où le bruit du monde
se convertit en parole ?
Noël Cordonier