L'Olympe des infortunes

Après Les Sirènes de Bagdad et Ce que le jour
doit à la nuit , la plume enlevée et protéiforme de
Yasmina Khadra nous plonge dans l'univers
méconnu des sans-abri. Ach le Borgne (dit Le
Musicien), Junior le Simplet, le Pacha... L'auteur
se renouvelle une nouvelle fois pour planter une
galerie de personnages tour à tour cocasses,
déroutants et attachants dans l'Olympe des
Infortunes, un no man's land en marge de la ville
et de ses valeurs. Avec cette fable tragicomique, le
romancier livre une nouvelle métaphore dont la
subtilité poétique ne manquera pas de bouleverser
les esprits. Car pour dénoncer la société de
consommation et redonner une place à ceux
qu'elle exclut, l'écrivain algérien ne redoute pas
de donner à sa prose une dimension à la fois symbolique
et poétique. Argent, famille, travail...
C'est avec profondeur et réalisme, comme toujours,
que Khadra décrit les blessures et le renoncement
des marginaux. Même en jouant au dialoguiste
et en portant la voix particulière des sans-abri,
il ne perd rien de son talent de conteur.
Mieux : il parvient à sublimer le langage oral des
rues pour en ériger les échanges en véritable
regard alternatif sur le monde.