Dans le temps suspendu : de l'humain comme tel

J'ai essayé de comprendre ce temps, à défaut de m'y sentir chez moi. Je vois la lente déshumanisation de l'humain. Dans cet épuisement infini des formes et des idées, où toute tentative de mouvement est perçue comme une rébellion, le combat en soi conserve une part du sens perdu : l'idée de résistance. Résistance à la confiscation des imaginaires, le rêve ne prenant plus forme. Résistance à l'emprise et au harcèlement de tous par tous. Résistance à la marchandisation des attentions. Être libre, c'est avoir l'intelligence réelle d'exister, sans jamais s'abandonner à l'artificialisation du monde.
Nous survivons, dans le confort de nos peurs, à la menace permanente d'un après qui se dérobe. L'avenir se trouvant dégradé dans nos espérances, nous puisons la consolation d'instants vides, éblouis au présent par les miroitements de la lumière au fond d'un jardin, ou l'envolée du train filant entre deux étendues liquides.