Nomadismes des romancières contemporaines de langue française

On taxe souvent les romancières contemporaines de
langue française d'intimisme, de clôture narrative sur
la sphère du privé et du corporel, ou encore de focalisation
sur l'affect, le familial et le psychique. Pourtant, que ce
soit d'un point de vue textuel, générique, social ou politique,
cette réduction de la littérature contemporaine féminine à
l'auto-enfermement ne rend pas compte d'un champ créatif
beaucoup plus complexe. De fait, les reformulations du
genre romanesque et le travail sur la langue fluidifient les
frontières symboliques traditionnelles, tandis que les
déclassements par le haut ou le bas, les métissages identitaires
et les traversées d'espaces géographiques,
corporels ou politiques indexent un nomadisme
généralisé. Enfin, les tentatives de reconfigurations
de pratiques éditoriales et critiques séculairement
focalisées sur les productions masculines ou
franco-françaises signalent un questionnement
des enjeux de pouvoir. Pour mettre au jour l'ensemble
de ces déplacements, quatre écrivaines
ont proposé également des inédits sur leur
conception personnelle du nomadisme littéraire
: Régime Detambel, Annie Ernaux,
Pierrette Fleutiaux et Vénus Khoury-Ghata.