Je & autres : les masques de nos personnes

«Je t'aime», «je suis Untel», «je suis ton fils» ou bien
encore «je est un autre» : le je est toujours là, en marque
incontournable. Le je c'est la personne de celui qui le parle,
inscrite dans son discours ; c'est le point de départ et le
référent stable d'une image de soi.
Mais voilà qu'on remarque, grâce aux sciences du langage,
que sous le tu , le il... et d'autres «masques» encore, le
locuteur engage, parfois sans le savoir, souvent en fin stratège,
encore un peu de lui. Le jeu des pronoms dessine ainsi la carte
de ce que le sujet peut dire ou se dire de lui-même, les
frontières qu'il trace autour de sa personne, se figurant alors à
un moment donné et dans la relation.
Cette personne en discours vaut-elle celle qui parle ? Il est
vrai que le locuteur, au moment où il la dit, s'identifie à sa
trace dans le discours, la prend pour lui-même en toute concordance.
Mais n'est-ce pas un leurre ? Alors il faut poursuivre et
chercher la personne (qu'il faudra définir dans cette
perspective) dans les processus complexes d'où émerge une
conscience de soi, circonstancielle et parcellaire, en tension
entre soi et autrui, individu et culture, l'un et le multiple...
On remarque alors comment celui qui parle dépasse bien
son je , se faufile sous d'autres personnes, et comment la
première travaille l'ancrage identitaire pour faire sens de soi.